L’Internet des objets

Au fur et à mesure que les systèmes embarqués s’étendent à toutes les industries, une nouvelle réalité apparaît: « l’Internet des objets ». Bien qu’un certain flou entoure le concept, tout le monde s’accorde sur l’omniprésence du phénomène qui commence déjà à transformer notre façon de travailler ainsi que notre mode de vie.

L’Internet des objets revalorise le secteur manufacturier. La tertiarisation de l’économie qui avait été promue au cours des 50 dernières années, tire à sa fin. La société actuelle est connectée une infrastructure mondiale de télécommunications, à une vitesse sans cesse croissante, pour un prix sans cesse décroissant. Pourtant, quelque chose manque… Notre rapport au monde extérieur demeure opaque. L’environnement matériel est silencieux.

Le rôle des systèmes embarqués est d’injecter de l’intelligence dans les objets manufacturés et dans l’ensemble de l’environnement que nous avons créé (bâtiments, routes, ponts, canaux, barrages …). C’est précisément ce processus qui nous oblige à réévaluer le rôle du secteur manufacturier si longtemps négligé, au point d’être exclus de l’économie des pays qui se définissaient il y a peu de temps encore d’industrialisés.

Le symbole même de ce long oubli est l’impartition massive du secteur manufacturier en direction des pays en voie de développement, principalement la Chine. Les experts et les scientifiques évoquaient alors l’avenir du monde développé en termes de société postindustrielle et d’économie sans usine. La production était considérée comme polluante et coûteuse; le rôle de l’Amérique du Nord était de se recentrer sur le travail «noble» de l’innovation.

Mais aujourd’hui, alors que les objets deviennent intelligents et commencent à nous répondre, nous redécouvrons avec surprise les vertus de la fabrication. L’univers matériel devient digne d’intérêt et, du coup, notre attitude bascule vers un nouveau paradigme – car c’est bien de cela qu’il s’agit. La récente crise financière a bien évidemment contribué à faire changer les mentalités. On pourrait aussi citer des causes sociales, économiques, technologiques et militaires.

Les facteurs objectifs suffisent rarement à engendrer un nouveau paradigme, il faut aussi l’intervention de facteurs culturels, comme les valeurs morales, les comportements et les opinions. Dans le cas de la réhabilitation de l’univers matériel, le déclencheur de la nouvelle relation homme/machine est le téléphone intelligent considéré comme la principale interface entre les personnes et l’Internet des choses. Le chercheur Carlo Irio (Université Libre de Bruxelles) a écrit une brillante analyse sur le phénomène:

… il est très important de trouver des méthodes simples et intuitives afin de faciliter les interactions entre les personnes et les objets intelligents du monde réel. Cela est possible parce que, d’une part, il y a l’Internet des « choses et, d’autre part, il y a des interactions physiques mobiles. Le principe est de réunir ces deux domaines en un domaine unique, dont le téléphone intelligent serait le médiateur. Ceci est possible grâce au fait que les objets physiques sont associés à des informations numériques (Internet des objets) et à l’utilisation de techniques d’interactions physiques mobiles comme : toucher, pointer, et faire défiler, la sélection par utilisateur pilote ainsi que le contrôle indirect à distance.[1]

Le plaisir d’utiliser un téléphone intelligent comme l’iPhone d’Apple crée un nouvel écosystème qui permet aux individus d’entamer un dialogue avec la matière, aussi bien sous forme d’objets que d’environnement intelligents. Le téléphone intelligent est l’appareil magique qui conduit à la découverte du monde enchanté de la matière qui parle. Et il ne s’agit que d’une première étape. Le téléphone intelligent étendra bientôt son champ d’action grâce à des technologies plus avancées, basées sur des interfaces organiques ou même anthropomorphique. Il deviendra alors véritablement le médiateur universel.

Les systèmes embarqués sont les éléments de base de l’Internet des objets (y compris de son interface téléphone intelligent). Comme tels, ils constituent l’un des principaux moteurs de la transition vers un monde où « tout ce qui existe fera partie du Web… On commencera alors à penser à une chaussure comme à une puce avec un talon ou à une voiture comme à une puce avec des roues. »[2]


[1] Carlo Iorio: « Smart phone interactivity and pervasive connectivity », in Seminar on Pervasive Networks and Connectivity, Bilhanan Silverajan (Editor), Tampere University of Technology, Department of Communications Engineering, série de séminaires sur des sujets spécialisés de réseautage, printemps 2008, 177 pages. Cf. p. 81.

[2] Transcription d’une causerie de Kevin Kelly sur les 5 000 premiers jours du Web, décembre 2007 (notre traduction). http://wiki.littera.deusto.es/en/index.php/Ist0809/KevinKelly5000days